L’EMPIRE KANEM BORNOU

Ci-après notre 4ème volet consacré à l’histoire de l’afrique précoloniale. Aujourd’hui j’ai voulu vous parler de l’Empire Kanem-Bornou.

Des peintures rupestres attestent que le Sahara tchadien n’est pas désertique à l’époque néolithique. Au sud, ses habitants vivent de la pêche et de l’agriculture en bordure du lac Tchad, dont la superficie était beaucoup plus étendue, et des pasteurs venus de l’est se sont installés dans les montagnes de l’Ennedi et du Tibesti, au nord. Les vestiges matériels des premiers habitants identifiés sont les statuettes funéraires en terre cuite attribuées aux Saos, des populations noires installées sur des buttes émergeant des terres inondables au sud du lac Tchad. Au XIIIème siècel, un peuple qui serait issu du métissage des populations du Sud et des populations du Nord de cette région, chassées par l’assèchement du Sahara, fonde, sur la bordure nord-est du lac Tchad le royaume du Kanem. Celui-ci se développe grâce au contrôle du commerce saharien vers la Méditerranée et au trafic d’esclaves, capturés dans le Sud et acheminés vers le Fezzan et Tripoli. Au XIe siècle, ses souverains se convertissent à l’islam. Ils étendent, au XIIIe siècle, leur domination jusqu’au Bornou (dans l’actuel Nigeria), au Fezzan et au Ouaddaï, en direction du Nil. Le XVIe siècle est glorieux pour le royaume de Bornou, qui reconquiert le Kanem. C’est ainsi que né le royaume du Kanem-Bornou.

Le royaume de Bornou a longtemps été un État  puissant. Héritier du royaume de Kanem, fondé par une dynastie toubou au XIe siècle, il apparaît vers le XVIe siècle et sera, par sa position géographique, à la fois un pivot des échanges économiques dans le Soudan central et  l’une des portes d’entrée de l’Islam en Afrique Noire. Exploré par les Européens seulement au XIXe siècle, qui le démantèleront au tout début du XXe siècle, Le Bornou eut un rôle primordial dans le développement des échanges économiques et culturels entre le Soudan, la Méditerranée et l’Orient. Il noue des rapports politiques avec l’Égypte et avec les Hafsides de Tunis. Il doit surtout son prestige à ses institutions politiques, le modèle politique bornouan ayant très largement contribué à l’organisation des autres États du Soudan central.Le système politique bornouan revêt certains caractères qui l’apparentent au féodalisme.

Le système politique du royaume

A l’époque, le souverain du Bornou a un pouvoir arbitraire, comme tous les souverains musulmans; à côté de lui, il y a pourtant, et sans doute de temps immémorial, un conseil d’État et presque une représentation nationale, le Kôkena il se compose des princes de la famille royale, des hauts fonctionnaires et d’une dizaine de notables du Bornou qui représentent les divers éléments de la nation, Kanouris, Kanembous, Toubous, Chouas. Ce conseil, qui se réunit tous les jours, n’a en réalité que peu d’actions; toute l’autorité est entre les mains du cheikh et des fonctionnaires; ceux-ci sont assez souvent des esclaves, quelquefois mêmes des eunuques. Les principaux sont le digma, autrefois le factotum du souverain et qui n’a guère plus, au dire de nachtigal, qu’un vain titre; le kegamma ou chef militaire, le jerima chargé de défendre la frontière contre les Touaregs, le ghaladima, sorte de grand feudataire commandant les districts occidentaux du pays, et résidant à Ngourou, etc. Quelques-unes de ces hautes dignités sont données à des parents du souverain, d’autres sont comme la propriété de certains personnages.

Enfin, chacun des ministres a l’administration de certaines provinces. Quant aux gouverneurs des provinces, ils ont des droits très variables; les uns n’ont qu’une autorité restreinte et précaire, d’autres ne payent qu’un tribut en armes et en esclaves, et ont une autorité très étendue; seulement ils ne peuvent pas condamner à mort, ni faire des razzias d’esclaves pour leur compte; ces droits sont réservés aux sultans grands vassaux. La force armée régulière dont disposait le cheikh Omar, est évaluée par nachtigal à 7 000 soldats, dont un millier armés de fusils, et un millier de cuirassiers ; une vingtaine de canons, fondus à Kouka même, composent l’artillerie.

 Le systeme économique

Le cœur de l’empire, le Bornou, fut riche en ressources : mil, coton, bétail. Mais l’importance économique de l’empire est due essentiellement à une situation géographique exceptionnelle. Zone de transition, le Bornou contrôlait les échanges entre le Sahel et le Soudan ; il se trouvait à la croisée de routes commerciales qui traversent l’Afrique d’est en ouest et de pistes transsahariennes, voies de communications vers la Méditerranée et l’Orient. À ses voisins du Soudan occidental et au Nupe, le Bornou vendait du sel, du natron, des cotonnades, du cuivre en provenance du Ouaddaï. Il en recevait des cotonnades teintes (en provenance de Kano) et des noix de Kola (venant du Nupe).

Le commerce transsaharien fut particulièrement actif. Le Bornou exportait surtout des esclaves vers le Soudan central et la Méditerranée. Et l’une des principales activités de l’armée bornouane fut d’entreprendre des campagnes de chasse à l’esclave parmi les populations païennes du Sud (Damergu, Marghi, Babur). Des oasis du Kaouar et de l’Agram, il recevait du sel et des dattes, et des pays méditerranéens, d’Égypte surtout, des chevaux, des soieries et des cotonnades, des armes de luxe

 Il n’y a pas à proprement parler de budget; le souverain comme les fonctionnaires vivent du commerce des esclaves, que l’on va prendre sur les frontières de l’empire parmi les populations païennes, par de grandes razzias, ou du produit de leurs propriétés. Celles du cheikh sont très considérables. Les produits du sol et de l’industrie donnent lieu à un commerce des plus actifs dans l’intérieur du pays; les marchés sont le théâtre de transactions importantes et la circulation sur les routes est considérable; il faut dire que la liberté la plus absolue est la règle des échanges, que nulle part il n’y a de droits de douane et d’octrois, que la sécurité est complète, sauf près des frontières. Il y a une ombre à ce tableau; le trafic le plus lucratif et le plus animé est toujours celui des esclaves. Quant aux relations avec l’Europe, elles ne se font que d’une manière très indirecte; bien que le Bornou ait trois routes importantes vers l’extérieur, celle de l’Est vers l’Égypte, celle du Nord vers Tripoli celle de l’Ouest et du Sud vers le Bénoué et le Niger, les commerçants européens tarderont à y pénétrer et les produits de leur industrie n’arriveront sur ces marchés que par l’intermédiaire des Haoussa, des Peul ou des Arabes.

Les XVIIe et XVIIe siècles sont marqués par un affaiblissement de la puissance bornouane. L’activité militaire est réduite : plus de conquêtes, seulement d’épisodiques razzias parmi les populations païennes. Des souverains sans envergure laissent libre cours aux intrigues des courtisans. Les attaques des nomades du Nord (Touaregs, Teda, Daza) se multiplient. C’est un Bornou en pleine décadence qui subit au début du XIXème siècle les assauts des Peuls. La défaite de Rabah devant les Européens (1900) marqua la fin de l’empire.

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